IP publique et IP privée : comprendre la différence
IP publique ou privée : définitions, rôle du NAT et du CGNAT, plages réservées et commandes pour vérifier votre adresse. Le guide de référence.
Équipe Dig Trace· Équipe d'Ingénierie Réseau6 min de lecture
Tout appareil connecté à un réseau possède au moins une adresse IP. En pratique, une box internet française en gère deux niveaux : une adresse privée pour le réseau local et une adresse publique pour communiquer avec Internet. Cette distinction détermine si votre matériel est joignable depuis le monde entier ou s'il reste invisible derrière votre routeur.
Qu'est-ce qu'une adresse IP publique ?
Une adresse IP publique est un numéro unique à l'échelle mondiale, attribué par votre fournisseur d'accès à Internet (FAI). Routable sur le réseau global, elle permet à votre ligne d'échanger directement avec n'importe quel serveur. C'est cette adresse que les sites web voient quand vous les visitez.
Un point souvent mal compris : l'IP publique identifie votre ligne, pas votre ordinateur. Tous les appareils du foyer partagent la même adresse vue de l'extérieur.
Le stock d'adresses IPv4 est pourtant épuisé depuis des années. Les FAI partagent donc désormais une même IPv4 entre plusieurs abonnés via le CGNAT (Carrier-Grade NAT), une pratique qui a des conséquences bien réelles.
Qu'est-ce qu'une adresse IP privée ?
Une IP privée n'existe que dans votre réseau local. Elle provient de plages réservées définies par la RFC 1918 :
10.0.0.0/8: grands réseaux d'entreprise172.16.0.0/12: réseaux intermédiaires192.168.0.0/16: box et réseaux domestiques
Ces adresses ne sont jamais routées sur Internet. Votre box peut attribuer 192.168.1.42 à votre ordinateur portable pendant qu'une entreprise à Tokyo donne la même adresse à une imprimante, sans aucun conflit, car les deux réseaux sont isolés.
À l'intérieur du LAN, elles servent au partage de fichiers, à l'accès à l'interface de la box (généralement 192.168.1.1) et aux serveurs locaux. Depuis Internet, elles restent inaccessibles, sauf règle de redirection explicite.
Comment le NAT relie les deux mondes
Le NAT (Network Address Translation) permet à tout un réseau local de partager une seule IP publique. Quand votre ordinateur demande une page web, le routeur remplace l'adresse source privée par sa propre adresse publique et enregistre le port utilisé dans une table de traduction. À la réponse, il consulte cette table et achemine les paquets vers le bon appareil.
Ce mécanisme a un effet secondaire précieux. Si un paquet arrive de l'extérieur sans correspondre à une session sortante, le routeur le rejette. Ce filtrage agit comme un pare-feu grossier qui protège vos appareils des scans aléatoires.
Le CGNAT : quand même l'IP publique est partagée
Le CGNAT ajoute une couche de traduction côté opérateur. Votre box reçoit une adresse dans la plage 100.64.0.0/10, puis l'équipement du FAI traduit une seconde fois vers une IPv4 publique mutualisée entre plusieurs foyers. Orange a généralisé cette pratique sur ses Livebox début 2025.
Les conséquences sont concrètes : redirection de ports impossible, auto-hébergement bloqué, certaines sessions de jeu P2P dégradées et objets connectés capricieux. Pour en sortir, il faut demander une IPv4 dédiée (chez Orange, l'option « Ne pas mutualiser mon IPv4 » dans Réseau > CGN) ou passer par l'IPv6. Les impacts détaillés sont bien résumés sur myadsl.fr.
IP publique ou IP privée : les différences clés
Critère | IP publique | IP privée |
|---|---|---|
Portée | Routable sur Internet | Limitée au réseau local |
Unicité | Unique au monde (sauf CGNAT) | Réutilisable partout |
Attribution | FAI ou registre régional | Routeur local (DHCP) |
Exposition | Visible, surface d'attaque plus large | Masquée derrière le NAT |
Coût | IPv4 rare, parfois payante | Gratuite et illimitée |
Comment vérifier votre type d'adresse IP
La méthode consiste à comparer l'adresse vue par vos appareils et celle vue par Internet. Sous Windows :
ipconfig
# Extrait de sortie :
# Adresse IPv4. . . . . . . . . . . : 192.168.1.42
# Passerelle par défaut . . . . . . : 192.168.1.1Sous Linux ou macOS :
ip -4 addr show
# 2: enp3s0: ...
# inet 192.168.1.42/24 brd 192.168.1.255 scope global enp3s0Puis pour l'adresse publique :
curl ifconfig.me
# 82.64.12.107Si l'adresse locale appartient à 192.168.x.x ou 10.x.x.x et diffère de l'IP publique, vous êtes derrière du NAT. Si l'adresse affichée par la box tombe dans 100.64.0.0/10, votre FAI applique du CGNAT. Vous pouvez aussi identifier votre adresse publique sur l'outil « Mon IP » de DigTrace, puis contrôler sa réputation avec le vérificateur de liste noire.
IPv6 change la donne en France
Avec IPv6, chaque appareil peut recevoir sa propre adresse globale routable, sans traduction intermédiaire. La transition est très avancée en France : selon le baromètre annuel de l'ARCEP, environ 94 % des clients fixes des grands opérateurs étaient compatibles IPv6 fin 2025. Free, Orange et Bouygues ont quasi achevé leur bascule sur le fixe.
À noter : sans NAT, le pare-feu devient la seule barrière entre vos appareils et Internet. Sa configuration est indispensable sur un réseau IPv6.
La plupart des réseaux fonctionnent en double pile, IPv4 et IPv6 simultanément, le temps que l'ancien protocole disparaisse.
En résumé
L'IP privée organise votre réseau local, l'IP publique le relie au monde. Le NAT fait le pont entre les deux, et le CGNAT révèle les limites d'IPv4. Pour la navigation quotidienne, rien ne change. Pour héberger un serveur, ouvrir des ports ou connecter de la domotique, savoir où vous en êtes devient essentiel.
Pour revoir les fondamentaux, consultez notre guide sur ce qu'est une adresse IP. Les sujets NAT détaillé, DHCP et pare-feu IPv6 prolongent naturellement cette lecture.